Prélèvement SEPA des loyers : mandat, RUM, fichier et rejets

Publié le 2026-10-10 — mis à jour le 2026-10-10 par la Rédaction Brik Pro.

En bref

Dans un bail d'habitation, le bailleur peut proposer le prélèvement SEPA des loyers, pas l'imposer. Mandat et RUM, ICS, pré-notification, fichier pain.008, droits de contestation du locataire, motifs de rejet et organisation d'un portefeuille : le guide pratique pour les professionnels.

En bref

  • Le bailleur ne peut pas imposer le prélèvement automatique du loyer : la clause qui l'impose est réputée non écrite (article 4, c, de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989). Il peut le proposer ; le locataire reste libre de refuser.
  • Un prélèvement SEPA repose sur un mandat signé par le locataire, identifié par une référence unique de mandat (RUM), et sur l'identifiant créancier SEPA (ICS) de celui qui encaisse, attribué par sa banque.
  • Le locataire doit connaître le montant et la date de chaque prélèvement au moins 14 jours avant le débit, sauf autre délai convenu.
  • Le locataire peut obtenir le remboursement d'un prélèvement autorisé pendant 8 semaines, sans motif, et d'un prélèvement non autorisé pendant 13 mois (Code monétaire et financier, articles L. 133-25-1 et L. 133-24).
  • Un rejet ou un remboursement n'efface pas la dette : le loyer redevient impayé. Un mandat conservé, une échéance alignée sur le bail et le rapprochement de chaque remise sécurisent le dispositif.

Le bailleur peut-il imposer le prélèvement automatique du loyer ?

Non. L'article 4 de la loi du 6 juillet 1989 dresse la liste des clauses interdites dans un bail d'habitation. Son point c) vise la clause « qui impose comme mode de paiement du loyer l'ordre de prélèvement automatique sur le compte courant du locataire ». Elle est réputée non écrite : le bail reste valable, et le locataire paie autrement, par virement notamment. L'interdiction vaut pour la location nue comme meublée à titre de résidence principale (article 25-3 de la même loi).

Le prélèvement se propose donc, dès la signature du bail par exemple. Le locataire qui accepte garde la main : il peut retirer son consentement à tout moment, et tout prélèvement présenté ensuite est réputé non autorisé (article L. 133-7 du Code monétaire et financier).

Deux précisions. Le prélèvement ne dispense pas de la quittance, que le bailleur ou son mandataire transmet gratuitement au locataire qui la demande (article 21 de la loi de 1989). Et pour un bail commercial ou professionnel, hors du champ de cette loi, le mode de paiement relève du contrat.

Comment fonctionne un prélèvement SEPA de loyer ?

Le prélèvement SEPA « Core », le schéma de base, vaut pour un particulier comme pour une entreprise. Il repose sur quatre éléments, encadrés par le règlement (UE) n° 260/2012 et par les règles du Conseil européen des paiements (EPC).

  1. L'identifiant créancier SEPA (ICS). Il identifie celui qui prélève : SCI, propriétaire ou agence qui encaisse sur son compte de tiers. En France, le créancier le demande à sa banque, seule compétente pour l'attribuer. Il compte 13 caractères : FR, deux chiffres de contrôle, un code activité de trois caractères (ZZZ par défaut) et un identifiant national de six caractères. Il reste le même si le créancier change de banque.
  2. Le mandat et sa RUM. Le locataire signe, sur papier ou en ligne, un mandat qui autorise le créancier à émettre des prélèvements et sa banque à les payer. Il mentionne notamment le créancier et son ICS, l'identité et l'IBAN du débiteur, le type de paiement (récurrent pour un loyer), la date et la signature. Le créancier lui attribue une référence unique (RUM) de 35 caractères au plus ; le couple ICS et RUM identifie le mandat. Le créancier le conserve ; en SEPA Core, la banque du locataire peut en demander copie en cas de contestation.
  3. La pré-notification. Le débiteur est informé du montant et de la date de chaque prélèvement au moins 14 jours avant le débit, sauf autre délai convenu. Un avis d'échéance qui mentionne le prélèvement, ou un échéancier, suffit. Une révision de loyer appelle une nouvelle information.
  4. Le fichier pain.008. Le créancier remet à sa banque un fichier XML pain.008 (norme ISO 20022) qui regroupe les prélèvements d'une échéance : montant, IBAN du débiteur, RUM, date de signature du mandat, référence de bout en bout. Les prélèvements doivent parvenir à la banque du débiteur au moins un jour ouvré interbancaire avant l'échéance ; la banque du créancier fixe son heure limite, souvent plus tôt.

Signé une fois, le mandat sert à toutes les échéances du bail. Il devient inutilisable après 36 mois sans aucun prélèvement : il faut alors en signer un nouveau. Enfin, le créancier ne peut pas refuser un IBAN ouvert dans un autre pays de l'Union, dès lors que le compte est joignable (règlement (UE) n° 260/2012, article 9).

Prélèvement SEPA Core, B2B ou virement : que choisir ?

Trois moyens, trois logiques : le choix dépend du bail et du locataire.

CritèrePrélèvement SEPA CorePrélèvement SEPA B2BVirement, ponctuel ou permanent
Qui déclenche le paiementLe créancier, à l'échéanceLe créancier, à l'échéanceLe locataire, à la date qu'il choisit
Locataires concernésParticuliers et entreprisesEntreprises et professionnels uniquementTous
MandatSigné par le locataire, conservé par le créancierSigné par le locataire, qui le déclare aussi à sa banqueAucun
Remboursement d'un paiement autoriséOui, sans motif, pendant 8 semainesNonNon
Délai de retour interbancaire après l'échéance5 jours ouvrés3 jours ouvrésSans objet
Usage locatifBail d'habitation, avec l'accord du locataireBail commercial ou professionnel, si la banque du locataire propose ce schémaTout bail ; rapprochement moins sûr, faute de référence fiable

Le schéma B2B supprime le droit à remboursement, mais il est réservé aux débiteurs qui ne sont pas des consommateurs, et la banque du locataire vérifie le mandat avant chaque paiement. Pour un locataire particulier, seul le Core est possible, avec son accord.

Que peut contester le locataire, et dans quels délais ?

Le Code monétaire et financier protège le payeur au-delà du bail. Trois mécanismes jouent.

  • Le remboursement d'un prélèvement autorisé. Pendant 8 semaines après le débit, le locataire obtient de sa banque le remboursement d'un prélèvement SEPA Core sans se justifier (articles L. 133-25 et L. 133-25-1). L'opération revient en débit chez le créancier.
  • La contestation d'un prélèvement non autorisé. Sans mandat valable, ou après révocation, le prélèvement n'est pas autorisé : le locataire a 13 mois pour le signaler à sa banque, qui doit le rembourser (articles L. 133-24 et L. 133-18). Elle peut demander une copie du mandat au créancier.
  • L'opposition. Le locataire peut refuser un prélèvement jusqu'à la fin du jour ouvrable qui précède le débit (article L. 133-8), ou faire bloquer par sa banque les prélèvements d'un créancier (règlement (UE) n° 260/2012, article 5).

Aucun de ces recours n'éteint la dette : le loyer remboursé redevient impayé. Contre une contestation pour défaut d'autorisation, la seule défense est le mandat signé, conservé avec sa date et sa RUM.

Pourquoi un prélèvement est-il rejeté, et que faire ?

Un prélèvement peut revenir avant l'échéance ou dans les jours suivants, avec un code de motif normalisé. Les cas courants :

MotifCodeCe qu'il signifieQue faire
Provision insuffisanteAM04Compte non approvisionné à l'échéanceConvenir d'une date avec le locataire, puis représenter après l'avoir annoncé, ou demander un virement
Compte closAC04L'IBAN du mandat ne fonctionne plusNe pas représenter ; obtenir le nouvel IBAN, ou un virement
OppositionMS02, le plus souventLe locataire a refusé ce prélèvement auprès de sa banqueEn demander la raison ; ne rien représenter sans accord écrit
Mandat absent ou non valableMD01Aucun mandat ne couvre l'opération, ou il a été révoquéRetrouver le mandat signé ; à défaut, cesser les prélèvements
Remboursement demandéMD06Droit à remboursement des 8 semaines exercéTraiter l'échéance comme impayée et relancer

La banque du créancier facture en général des frais de retour. Celle d'un locataire particulier peut lui facturer des frais de rejet pour défaut de provision, plafonnés au montant du prélèvement dans la limite de 20 euros (articles D. 133-5 et D. 133-6 du Code monétaire et financier). Le bailleur ne peut pas en faire une pénalité : une clause de frais de rejet forfaitaires risque d'être réputée non écrite, l'article 4 de la loi de 1989 interdisant pénalités et frais de relance.

Un rejet non régularisé devient un impayé : relance amiable, mise en demeure, puis commandement de payer. Dans les baux conclus ou renouvelés depuis le 29 juillet 2023, la clause résolutoire est obligatoire et ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux (article 24 de la loi de 1989, modifié par la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023). Les baux en cours à cette date gardent le délai prévu par leur clause, souvent deux mois (Cour de cassation, avis du 13 juin 2024, n° 24-70.002). Voir notre guide sur la gestion des impayés locatifs.

Comment organiser le prélèvement sur tout un portefeuille ?

Sur un portefeuille, le prélèvement demande une routine mensuelle et quatre règles.

  • Aligner l'échéance sur le bail. Le bail fixe les modalités de paiement du loyer (article 3 de la loi de 1989). Prélever avant la date convenue, c'est réclamer une somme non encore exigible. Regrouper les baux par date d'échéance donne un lot par date et par compte, simple à contrôler.
  • Relancer avant le rejet. Un rappel quelques jours avant l'échéance aux locataires qui ont déjà connu un rejet évite une partie des provisions insuffisantes, et des frais.
  • Rapprocher chaque remise. Selon l'option convenue avec la banque, le lot est crédité en une ligne ou opération par opération ; les rejets reviennent ensuite un par un, en débit. Le total crédité, moins les rejets, donne les loyers réellement encaissés. Notre guide de la synchronisation bancaire DSP2 explique comment récupérer ces mouvements, et celui du rapprochement bancaire immobilier comment traiter un rejet : annuler le lettrage, réactiver la créance, relancer.
  • Protéger le compte de tiers. Chez un administrateur de biens, reverser avant la fin du délai de retour de 5 jours ouvrés, c'est reverser des loyers qui peuvent revenir. Et pendant 8 semaines, un remboursement reste possible : s'il survient après le reversement, le compte du mandant passe en négatif, et ce sont les fonds des autres mandants qui le couvrent. Le cabinet régularise l'écart sans attendre, sur le reversement suivant ou en demandant au mandant de le rembourser, et le fait figurer au compte rendu de gestion.

Exemple : le calendrier d'un mois de prélèvements

Un cabinet a fait signer un mandat à 80 locataires, dont les baux prévoient un loyer payable d'avance le 5 du mois. Son calendrier pour l'échéance du jeudi 5 novembre 2026 :

DateÉtapeRègle ou contrôle
Mardi 20 octobreAvis d'échéance de novembre, avec le montant et la date du prélèvementAu moins 14 jours avant le débit, sauf autre délai convenu
Du 26 au 30 octobreRevue des mandats : signatures, révocations, départs, révisions de loyerUn mandat révoqué ou un bail terminé sort du lot
Lundi 2 novembreGénération du fichier pain.008, contrôle du nombre d'opérations et du total, dépôt en banqueAvant l'heure limite de la banque
Mardi 3 novembreRappel aux locataires qui ont déjà connu un rejetPrévenir coûte moins que régulariser
Jeudi 5 novembreDébit des locataires, crédit du compte qui reçoit les loyersTotal crédité égal au fichier
Du 6 au 12 novembre environRetours possibles5 jours ouvrés interbancaires après l'échéance
Vendredi 13 novembreRapprochement, relance des rejets, reversement aux mandantsReverser le rapproché, pas l'attendu
Jeudi 31 décembreFin du remboursement sans motif des prélèvements du 5 novembre8 semaines après le débit ; 13 mois si non autorisé

Le fichier compte 80 prélèvements pour 61 200 €. Le 9 novembre, trois reviennent, deux pour provision insuffisante et un pour compte clos, soit 2 310 €. Le 13, le cabinet rapproche 77 loyers pour 58 890 €, convient d'une nouvelle date avec les deux premiers locataires et demande un virement au troisième en attendant son nouvel IBAN. Les reversements partent des 58 890 € rapprochés, honoraires déduits, pas des 61 200 € attendus.

Comment Brik Gestion prépare les prélèvements de loyers

Le prélèvement SEPA des loyers fait partie de l'offre Pro de Brik Gestion. Le gestionnaire configure, par structure, le nom du créancier et son ICS : sans ICS couvrant le compte des loyers, aucun fichier ne se génère et le prélèvement ne se propose pas. Depuis la page des paiements d'une location, il propose le prélèvement : le locataire reçoit une invitation par e-mail, saisit son IBAN et signe son mandat dans son espace locataire. Le gestionnaire peut le relancer tant qu'il n'a pas signé, et le mandat se révoque d'un côté comme de l'autre. Chaque mois, il choisit la période, vérifie l'aperçu et génère le fichier XML pain.008, un par compte bancaire, à importer dans sa banque : Brik ne prélève rien lui-même. Un tableau de bord compte les mandats à signer et actifs, les prélèvements à venir, encaissés, en retard et rejetés, avec leur détail.

Les avis de loyer, quittances et relances s'automatisent bail par bail, dont la relance d'impayé par e-mail et SMS le lendemain de l'échéance. La connexion bancaire ou l'import de relevés amène les mouvements, que l'on attribue aux loyers : une transaction non attribuée ne change pas le statut payé ou impayé. Côté agence, l'écran des reversements donne par propriétaire les encaissements et le net à virer, puis produit un fichier de virements SEPA à déposer en banque. L'Assistant IA Brik dit où en sont l'ICS, les mandats et les prélèvements, et donne le lien de l'écran.

Questions fréquentes

Le locataire peut-il refuser le prélèvement automatique ?

Oui. La clause qui l'imposerait serait réputée non écrite (article 4, c, de la loi du 6 juillet 1989). Le locataire qui l'a accepté peut aussi révoquer son mandat à tout moment.

Faut-il un nouveau mandat après une révision du loyer ?

Non. Le mandat récurrent couvre toutes les échéances du bail, quel que soit leur montant. Le nouveau loyer doit seulement être annoncé avant le premier prélèvement qui l'applique, 14 jours avant le débit sauf autre délai convenu.

Un locataire a obtenu le remboursement d'un prélèvement : le loyer est-il perdu ?

Non. Le remboursement, possible sans motif pendant 8 semaines, n'éteint pas la dette. L'échéance redevient impayée et se recouvre par les voies habituelles : relance, mise en demeure, puis commandement de payer si nécessaire.

Peut-on représenter un prélèvement rejeté ?

Oui, pour une provision insuffisante, après accord du locataire sur la date et annonce du nouveau prélèvement. Pour un compte clos, une opposition ou un mandat absent, non : il faut d'abord un IBAN à jour, l'accord du locataire ou un nouveau mandat.

Qui demande l'identifiant créancier SEPA : le propriétaire ou l'agence ?

Celui qui encaisse et figure comme créancier sur le mandat. Une SCI ou un propriétaire qui reçoit les loyers sur son compte demande son ICS à sa banque ; un administrateur de biens qui encaisse sur son compte de tiers utilise le sien.

Proposez le prélèvement, générez le fichier, suivez les rejets

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